Déplacement25 juin 2026 · Bruxelles · Temps de lecture : 3 min

Bruxelles : au Palais d'Egmont, la paix comme discipline plutôt que comme vœu

Le Palais d'Egmont a vu se négocier, au fil des décennies, une part importante de la diplomatie européenne. C'est un lieu qui connaît le poids des mots quand ils engagent des États. C'est là que nous avons choisi de présenter, jeudi, le projet le plus directement lié à la paix dans ma feuille de route de candidature.

Aujourd'hui, pour se former sérieusement à la médiation, à la négociation de paix, à la diplomatie préventive, un jeune francophone doit, la plupart du temps, partir étudier ailleurs, dans une autre langue, généralement l'anglais, et selon d'autres références.

Ce paradoxe, exposé devant le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, résume à lui seul l'ambition de mon septième projet : une Académie francophone de la paix, institution de formation ouverte à des jeunes de tout l'espace francophone, enseignant la médiation, la négociation et le droit international humanitaire, avant de les envoyer en stage auprès des missions de l'ONU, de l'Union africaine et des médiateurs régionaux déjà en poste.

La Belgique occupe, dans l'histoire de la République démocratique du Congo, une place que je n'ai pas cherché à effacer de cet échange. Notre histoire commune est faite de zones d'ombre autant que de coopérations bâties depuis l'indépendance.

C'est précisément cette expérience d'une relation complexe, qui a dû apprendre à se reconstruire après la rupture, qui donne à la Belgique une légitimité particulière pour accompagner un projet consacré à la médiation et à la résolution des conflits.

Conduite par le Ministre délégué aux Affaires étrangères en charge de la Francophonie et de la Diaspora, Crispin Mbadu Phanzu, notre délégation est venue porter une vision renouvelée de la Francophonie, alignée sur les défis contemporains plutôt que sur les seuls équilibres hérités du passé colonial.

Le ministre Prévot a manifesté un intérêt réel pour l'ancrage académique de cette Académie, évoquant la possibilité d'un partenariat avec des institutions universitaires belges déjà engagées dans la formation à la médiation internationale.

On me dira que la paix ne s'enseigne pas, qu'elle se négocie sur le terrain, dans l'urgence, avec les moyens du bord. C'est une objection que j'ai anticipée devant mes interlocuteurs bruxellois : l'urgence est justement le pire moment pour improviser. Les médiateurs qui réussissent sont presque toujours ceux qui ont été formés, encadrés, accompagnés avant la crise, et non pendant.

Cette étape belge s'inscrit dans une séquence diplomatique plus large de la candidature, qui a également conduit notre délégation à solliciter le soutien du Royaume du Maroc dans les mêmes jours. Ces déplacements rapprochés témoignent d'une stratégie assumée : convaincre, capitale après capitale, que cette candidature ne se limite pas à une ambition personnelle, mais porte des projets suffisamment concrets pour intéresser des partenaires aussi différents que la Belgique et le Maroc.

Nous avons évoqué la question, plus sensible, du financement d'une telle Académie : plutôt qu'une charge nouvelle pesant sur le seul budget de l'OIF, j'ai proposé un montage associant contributions des États membres au prorata de leurs moyens, partenariats avec des fondations déjà actives dans le champ de la médiation internationale, et mise à disposition, par les universités volontaires, de locaux et de corps enseignants existants.

Le ministre Prévot a suggéré que la Belgique pourrait accueillir l'une des toutes premières sessions pilotes de cette Académie, avant qu'elle ne devienne, comme je le souhaite, une institution tournante n'appartenant à aucune capitale en particulier. J'ai enfin souligné, devant le ministre belge, que cette Académie ne viserait pas seulement à former des médiateurs pour des crises extérieures à l'espace francophone : elle formerait aussi des professionnels capables d'intervenir dans les tensions internes à notre propre espace, entre États membres ou au sein même de certains d'entre eux, là où la médiation francophone reste aujourd'hui trop dépendante de personnalités isolées plutôt que d'une doctrine et d'une école constituées.

Je remercie le ministre Maxime Prévot pour la qualité de cet accueil au Palais d'Egmont, et pour avoir pris au sérieux un projet qui, je le crois, pourrait changer durablement la manière dont l'espace francophone forme ceux qui, demain, négocieront ses paix.


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