Ce que les fractures de notre siècle nous obligent à inventer ensemble

Notre époque est traversée par des fractures multiples : sanitaires, cognitives, numériques, juridiques, économiques, climatiques, culturelles, mémorielles et géopolitiques. Elles ne se contentent plus d'affaiblir nos sociétés prises isolément : elles redessinent désormais les contours mêmes du monde et reconfigurent les lignes de nos éloignements mutuels.
Face à ce basculement, une question s'impose à notre organisation avec une force que l'on ne peut plus différer : quel rôle la Francophonie entend-elle jouer dans un siècle qui se construit souvent sans elle, et parfois contre elle ?
Sera-t-elle un simple héritage linguistique, contemplant le monde se transformer sans y apporter sa propre vision de l'humain ? Ou choisira-t-elle de devenir une force capable de proposer aux peuples une autre manière d'habiter la mondialisation ?
J'ai fait mon choix. C'est pour y répondre que j'ai construit, tout au long de cette campagne, une architecture de neuf projets structurants : une Biennale des Rencontres Interculturelles pour répondre à la fracture culturelle, une intégration économique intrafrancophone pour répondre à la fracture économique, une Francophonie des langues sœurs pour répondre à la fracture identitaire, un Pacte climatique pour répondre à la fracture environnementale, un visa francophone pour répondre à la fracture des opportunités, une recherche médicale intégrative pour répondre à la fracture sanitaire, une Académie de la paix pour répondre à la fracture géopolitique, une transition numérique inclusive pour répondre à la fracture technologique, et un hymne fédérateur pour répondre à la fracture des consciences.
Chacun de ces projets, pris isolément, apporte une réponse sectorielle. Mais pris ensemble, ils dessinent bien davantage qu'un programme : ils modélisent une trajectoire, une doctrine d'action, une méthode de transformation holistique.
Je ne prétends pas que ces neuf projets suffiront, à eux seuls, à réparer toutes les fractures de notre siècle. Mais je crois qu'ils constituent un commencement sérieux, méthodique et honnête, pour que la Francophonie cesse d'être seulement un espace hérité de l'histoire, et devienne enfin une communauté de destin pleinement consciente d'elle-même, de sa force, et de sa responsabilité envers le monde.
Cette lecture de notre siècle en termes de fractures multiples n'est pas un exercice de style rhétorique : elle correspond à une méthode d'analyse que j'ai appliquée systématiquement tout au long de la construction de cette candidature, en partant des difficultés concrètes exprimées par mes interlocuteurs plutôt que de grandes orientations théoriques définies a priori. Chacune des neuf réponses que je propose est ainsi née d'un diagnostic précis, avant de devenir un projet structuré.
Je suis consciente que cette architecture, aussi cohérente soit-elle sur le papier, devra faire ses preuves dans la complexité du réel, où les résistances institutionnelles, les contraintes budgétaires et les divergences d'intérêts entre États membres ralentiront nécessairement certaines de ces transformations. C'est précisément pour cette raison que je me suis engagée à une transparence annuelle sur l'état d'avancement de chacun de ces neuf projets, plutôt que de me contenter d'une promesse électorale non vérifiable.
Au terme de cette série de tribunes, je veux redire une conviction simple, qui a guidé chacune des étapes de cette campagne, de Brazzaville à Phnom Penh : la Francophonie n'a pas vocation à demeurer un simple héritage linguistique dont on célèbre la mémoire. Elle a vocation à devenir une communauté de destin pleinement assumée, capable de transformer sa diversité en force et ses fractures en chantiers d'action collective, au bénéfice des plus de trois cents millions de femmes et d'hommes qui la composent aujourd'hui.
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