Kinshasa : une feuille de route présentée à la maison, avant d'être portée au monde

Il y a des présentations qui se préparent pour l'étranger. Celle-ci, je voulais d'abord la faire chez moi.
Avant de porter ma candidature au Secrétariat général de l'Organisation internationale de la Francophonie à Bruxelles, à Paris ou à Phnom Penh, j'ai tenu à exposer, dans le détail, l'intégralité de ma feuille de route au Président de la République, Félix Tshisekedi, à la Cité de l'Union africaine. Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve : ce n'est pas un slogan de campagne, c'est un engagement que je voulais d'abord soumettre au jugement de mon propre pays, avant de le proposer aux quatre-vingt-treize États et gouvernements membres et observateurs de l'espace francophone.
Pourquoi commencer par la médecine traditionnelle et la pharmacopée, quand on pourrait s'attendre à ce qu'une candidate ouvre par les grands équilibres géopolitiques ?
Parce que c'est souvent par les sujets qu'on juge secondaires qu'on mesure la sincérité d'un programme. Dans nos villages, dans nos quartiers, des tradipraticiens soignent, accompagnent, transmettent des savoirs vieux de plusieurs générations, sans qu'aucune institution francophone ne documente sérieusement ce patrimoine, ne le protège juridiquement, ni ne le mette en dialogue avec la médecine conventionnelle.
Mon sixième projet propose un Institut francophone de la médecine traditionnelle et de la pharmacopée. Ce n'est pas une nostalgie pour un passé rural : c'est la reconnaissance qu'un continent qui soigne depuis des siècles a le droit de voir ses savoirs codifiés, étudiés, respectés, au même titre que n'importe quelle pharmacopée occidentale.
Le Président Tshisekedi a écouté chacun des neuf projets avec une attention qui allait au-delà de la courtoisie protocolaire. Nous avons évoqué ensemble combien la RDC, à travers son immense diversité de plantes, de praticiens, de traditions de soin, pourrait devenir un pôle de référence pour cet Institut, aux côtés d'autres pays francophones porteurs de traditions comparables.
Mais cette rencontre n'était pas qu'un exercice protocolaire de plus. Elle avait une portée politique précise : obtenir, avant tout déplacement extérieur, l'engagement plein et entier de l'État congolais derrière cette candidature. Le Chef de l'État l'a confirmé sans ambiguïté : la RDC mobilisera ses ressources diplomatiques pour m'accompagner jusqu'au Sommet de Phnom Penh, en novembre.
On me demande parfois pourquoi la RDC, premier pays francophone du monde par sa population, n'a encore jamais dirigé l'organisation qui porte cette langue en partage. Je crois que la réponse tient en une phrase : nous avons trop longtemps considéré la Francophonie comme une politique étrangère parmi d'autres, plutôt que comme un espace où notre poids démographique, notre jeunesse, notre diversité culturelle devraient naturellement nous donner une voix de premier plan.
C'est cette conviction que j'ai voulu poser, dès le départ, devant mon propre président, avant de la porter ailleurs. Une candidature qui ne convainc pas d'abord chez elle n'a aucune raison de convaincre au loin. Cette Institution ne partirait pas de rien : plusieurs universités congolaises et plusieurs ordres de médecins traditionnels documentent déjà, à petite échelle et sans coordination internationale, une partie de ces savoirs.
Ce qui manque, c'est un cadre francophone commun capable de mettre en réseau ces initiatives dispersées, de fixer des protocoles scientifiques rigoureux de validation, et de protéger juridiquement les praticiens contre l'appropriation de leurs savoirs par des intérêts commerciaux extérieurs, un risque bien réel dans un secteur où la propriété intellectuelle reste largement à inventer.
Cette étape de Kinshasa avait aussi une fonction que je n'ai pas cachée à la presse locale présente ce jour-là : montrer que cette candidature n'est pas conçue depuis un bureau parisien ou bruxellois, mais depuis le pays qui la porte, avec la participation de ses propres institutions, de ses propres universités, de ses propres praticiens.
C'est une nuance qui compte, dans une élection où l'on reproche parfois aux candidatures africaines d'être pensées pour convaincre l'étranger plutôt que pour servir d'abord leur propre population.
Je pars maintenant à la rencontre des autres capitales francophones avec cette feuille de route dans mes bagages, et avec la certitude que la RDC, dans sa diversité, dans ses savoirs parfois oubliés, a beaucoup à offrir à l'espace francophone tout entier à condition qu'on lui en donne enfin l'occasion.
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