La Francophonie ne peut plus être un simple espace de dialogue
Au cours de mon entretien accordé à Radio France Internationale, une idée est revenue à plusieurs reprises. À quoi doit servir la Francophonie dans un monde qui change aussi rapidement ?
Cette question dépasse largement le cadre d'une élection. Elle concerne l'avenir même de notre organisation.
La Francophonie est née d'une intuition remarquable. Celle qu'une langue pouvait rapprocher des peuples aux histoires, aux cultures et aux continents différents. Cette intuition demeure juste. Mais elle ne suffit plus.
Aujourd'hui, une langue doit également produire des opportunités. Elle doit faciliter les échanges économiques. Stimuler l'innovation. Encourager la mobilité. Favoriser la recherche. Développer les industries culturelles. Créer des emplois. Accompagner les transitions numériques.
Autrement dit, la Francophonie doit devenir un espace où parler français ouvre davantage de perspectives qu'hier.
Cette ambition suppose une évolution de notre manière de travailler. Nous devons sortir d'une logique où l'on mesure principalement nos réussites au nombre de rencontres organisées ou de déclarations adoptées. Nous devons également mesurer notre capacité à créer de la valeur.
Combien d'entreprises auront été accompagnées ? Combien d'étudiants auront bénéficié de nouveaux programmes ? Combien de chercheurs auront développé des projets communs ? Combien de jeunes entrepreneurs auront trouvé de nouveaux marchés grâce à la Francophonie ? Combien de contenus francophones auront gagné en visibilité dans les plateformes numériques ?
C'est à travers ces résultats que notre organisation renforcera durablement sa légitimité.
Je souhaite également que la Francophonie devienne davantage présente dans les grandes discussions internationales. L'intelligence artificielle. La gouvernance mondiale du numérique. Les océans. La biodiversité. La transition énergétique. La sécurité alimentaire. La diplomatie scientifique.
Toutes ces questions concernent directement nos quatre-vingt-treize États membres. Nous avons des expériences à partager. Des solutions à proposer. Une expertise à faire valoir.
La Francophonie ne doit pas seulement défendre la langue française. Elle doit démontrer que cette langue permet aussi de construire des réponses communes aux grands défis contemporains.
C'est cette vision que j'ai souhaité partager au cours de cet entretien. Une Francophonie qui influence davantage. Qui coopère davantage. Qui agit davantage. Une Francophonie qui regarde l'avenir avec ambition et qui aborde une élection à cinq candidatures avec la sérénité d'un projet clair plutôt qu'avec la nervosité d'une compétition.
L'entretien à RFI m'a permis d'aborder, devant une audience internationale particulièrement large, des questions que je développe habituellement devant des publics plus institutionnels. Cette différence d'auditoire n'a rien changé au fond de mon propos : je crois que les citoyens francophones, qu'ils soient auditeurs à Kinshasa, à Dakar, à Montréal ou à Bruxelles, attendent aujourd'hui de leur organisation commune la même exigence de résultats concrets, indépendamment de leur degré de familiarité avec les arcanes diplomatiques de l'OIF.
Plusieurs questions des journalistes ont porté sur la manière dont je compte financer les neuf projets que je propose, dans le respect du budget existant de l'organisation. J'ai rappelé que la priorité ne réside pas nécessairement dans une augmentation des contributions des États membres, mais dans une meilleure allocation des ressources déjà disponibles, orientée vers des programmes aux effets vérifiables plutôt que vers la seule organisation d'événements institutionnels.
Cet exercice médiatique m'a également permis de mesurer l'intérêt suscité par cette candidature au-delà du seul cercle diplomatique. De nombreux auditeurs, notamment de la diaspora francophone en Europe et en Amérique du Nord, ont manifesté leur souhait de voir l'OIF devenir une organisation plus visible et plus utile dans leur vie quotidienne, qu'il s'agisse de reconnaissance de diplômes, de mobilité professionnelle ou de soutien aux entreprises culturelles.
Cet article peut être partagé librement
Une attribution est appréciée mais non exigée pour les médias et chercheurs.
Dernières publications
PublicationHaïti et les Caraïbes : le maillon que la Francophonie ne doit pas oublier
Trop souvent réduite dans le débat international à la seule évocation de ses crises, Haïti demeure pour Juliana Amato Lumumba un foyer littéraire et intellectuel francophone dont l'influence dépasse largement les frontières de l'île.
Lire →L'entrepreneuriat au féminin, moteur silencieux de la Francophonie
Forte de son expérience à la Conférence de Paris sur le climat en 2015, Juliana Amato Lumumba propose de faire de l'entrepreneuriat féminin un critère transversal de l'action économique de l'OIF, plutôt qu'un programme isolé.
Lire →
PublicationTunis, Rabat, Le Caire : le Maghreb et l'Egypte ne sont pas des périphéries de la Francophonie
Après des déplacements en Tunisie, au Maroc et en Égypte, Juliana Amato Lumumba plaide pour que le Maghreb et l'Égypte cessent d'être traités comme une périphérie linguistique de la Francophonie.
Lire →