Monaco : la jeunesse francophone ne doit pas seulement être invoquée, elle doit décider

La Francophonie parle beaucoup de sa jeunesse. Elle la représente encore trop peu dans ses lieux de décision.
C'est le constat qu'a porté, avec clarté, le député national Alfred Dibandi Nzondomyo devant l'Assemblée du Réseau des jeunes parlementaires de la Francophonie, réunie cette semaine à Monaco. Un chiffre, à lui seul, résume le paradoxe qu'il est venu exposer : la République démocratique du Congo, l'un des pays les plus jeunes au monde, ne compte que 21 % de députés âgés de moins de 40 ans. Un déséquilibre qui, selon lui, se retrouve à l'échelle de tout l'espace francophone, où la jeunesse demeure un thème de discours plus qu'un acteur des décisions.
La délégation congolaise n'a pas limité son intervention à ce seul constat générationnel. Elle a également replacé la République démocratique du Congo au cœur des grands équilibres mondiaux qui, en réalité, engagent toute la Francophonie.
Détentrice de ressources stratégiques indispensables à la transition énergétique mondiale — cobalt, lithium, forêts du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l'Amazonie, la RDC n'est pas seulement un pays francophone parmi d'autres : elle est une pièce déterminante de l'équation climatique du XXIe siècle.
« Fragiliser la RDC, c'est fragiliser la transition écologique mondiale », a résumé le député Dibandi Nzondomyo devant l'Assemblée.
Cette articulation entre jeunesse, ressources stratégiques et responsabilité climatique est précisément ce qui inspire mon quatrième projet de campagne : un Pacte climatique francophone. Il ne s'agit pas d'ajouter la Francophonie à la longue liste des instances qui parlent de climat sans agir.
Il s'agit de reconnaître que plusieurs des grands poumons verts et des principales réserves de minerais stratégiques de la transition énergétique se trouvent en terre francophone en Afrique centrale au premier chef et que cette réalité géologique et écologique devrait se traduire par une voix francophone forte et coordonnée dans les négociations climatiques internationales, plutôt que par des positions dispersées entre États membres.
Je mesure la portée de ce qui s'est dit à Monaco : ce n'est pas seulement un plaidoyer de circonstance pour ma candidature. C'est une génération de parlementaires francophones qui commence à peser, dans une enceinte qui leur est propre, sur les grands choix qui engagent leur avenir plus que celui de leurs aînés.
Je veux qu'une Francophonie que je dirigerais prenne cet appel au sérieux : non pas en multipliant les tribunes symboliques pour la jeunesse, mais en lui ouvrant des sièges dans les instances où se décident les orientations budgétaires, climatiques et diplomatiques de l'organisation.
Ce Pacte climatique francophone ne se limiterait pas à une déclaration de principe entre chefs d'État. Il prévoirait un mécanisme de financement dédié aux pays francophones les plus exposés à la déforestation et aux dérèglements climatiques, alimenté prioritairement par les États membres les plus émetteurs, et un siège permanent pour les pays du bassin du Congo dans les négociations climatiques où l'espace francophone parle aujourd'hui trop souvent en ordre dispersé, chaque État défendant sa position nationale sans coordination avec ses voisins linguistiques.
Je veux insister sur un point que la délégation congolaise a soulevé avec justesse à Monaco : cette question climatique n'est pas séparable de la question démographique. Les pays du bassin du Congo, précisément ceux qui portent la responsabilité de préserver cette forêt essentielle à l'équilibre climatique mondial, sont aussi parmi les plus jeunes du monde.
Toute politique climatique francophone qui ignorerait cette jeunesse, ou qui la traiterait comme une simple variable démographique plutôt que comme la génération appelée à gérer ce patrimoine forestier dans les décennies à venir, serait vouée à l'échec.
Je remercie le Réseau des jeunes parlementaires de la Francophonie pour cette tribune, et le député Dibandi Nzondomyo pour avoir porté une parole congolaise qui n'a pas cherché à enjoliver les urgences de notre région. C'est cette même franchise que je veux mettre au service de l'OIF tout entière.
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