N'Djamena : l'Afrique ne demande pas la direction de la Francophonie, elle veut contribuer à son renouveau

La question qui revient le plus souvent au cours de cette campagne est simple : pourquoi aujourd'hui ?
Pourquoi la République démocratique du Congo présente-t-elle sa candidature à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie à ce moment précis de son histoire ?
Ma réponse est tout aussi simple. Parce que la Francophonie entre dans une nouvelle époque. Parce que le monde change profondément. Parce que les équilibres internationaux se redessinent. Parce que les défis auxquels nos populations sont confrontées exigent des réponses nouvelles.
À N'Djamena, le Président de la République du Tchad, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a reçu le message du Président Félix-Antoine Tshisekedi présentant officiellement la candidature de la République démocratique du Congo. Cette démarche diplomatique illustre la volonté de mon pays d'engager un dialogue respectueux avec chacun des États membres de notre organisation.
Cette visite m'a surtout confortée dans une conviction profonde. L'Afrique ne demande pas que la Francophonie change de continent. Elle souhaite qu'elle change d'échelle.
Notre continent représente déjà le principal espace de croissance de la langue française. Il rassemble la majorité des jeunes francophones. Il concentre une formidable énergie entrepreneuriale. Il voit émerger des milliers d'innovations dans les domaines de l'agriculture, de la santé, de la finance numérique, des industries créatives, des technologies éducatives et des services.
Cette dynamique mérite davantage d'attention. Non parce qu'elle serait africaine. Mais parce qu'elle constitue une opportunité pour toute la Francophonie.
Je souhaite que notre organisation accompagne cette transformation. Qu'elle fasse davantage confiance aux territoires. Qu'elle développe les coopérations Sud-Sud autant que les coopérations Nord-Sud. Qu'elle facilite les partenariats entre incubateurs. Entre universités. Entre collectivités locales. Entre entreprises. Entre centres de recherche.
Nous devons construire une Francophonie où les solutions circulent dans toutes les directions. Pendant longtemps, le développement international a parfois été pensé selon une logique verticale. Aujourd'hui, les innovations naissent partout. À Bujumbura comme à Montréal. À Dakar comme à Bruxelles. À Abidjan comme à Genève. À Kinshasa comme au Québec.
Notre organisation doit refléter cette nouvelle réalité. Elle doit devenir un réseau d'intelligence collective. Une plateforme où chaque État contribue selon ses expériences.
Je ne défends pas une Francophonie plus africaine. Je défends une Francophonie plus mondiale. Une Francophonie qui reconnaît pleinement la contribution de chacun de ses membres. Une Francophonie où le leadership ne repose pas sur l'ancienneté. Mais sur la capacité à rassembler. À écouter. À innover. À agir.
À N'Djamena, j'ai retrouvé cette volonté de regarder l'avenir avec confiance. C'est cette confiance qui doit désormais guider notre organisation.
La démarche diplomatique conduite à N'Djamena illustre une méthode que j'ai voulu appliquer tout au long de cette campagne : celle du canal officiel entre chefs d'État, respectueux des usages diplomatiques les plus classiques, plutôt que celle d'une campagne menée uniquement par des relais informels. Cette rigueur protocolaire, je crois, honore à la fois l'institution que je souhaite diriger et les États dont je sollicite le soutien.
Le Tchad occupe une position géographique et diplomatique charnière entre l'Afrique centrale, l'Afrique de l'Ouest et le monde arabo-musulman, ce qui en fait un interlocuteur précieux pour toute réflexion sur la manière dont la Francophonie peut mieux dialoguer avec les zones frontalières de son espace linguistique, où le français coexiste avec l'arabe et de nombreuses langues locales dans une réalité plurilingue quotidienne.
Nos échanges ont également porté sur les défis sécuritaires et humanitaires auxquels le Tchad est confronté, notamment en tant que pays d'accueil de populations déplacées venues de plusieurs pays voisins. Cette réalité m'a rappelé que la solidarité francophone ne peut se limiter aux seuls enjeux économiques ou culturels : elle doit aussi savoir se manifester concrètement face aux crises humanitaires qui touchent directement plusieurs de nos États membres.
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