Une Francophonie économique est-elle possible ?
Une organisation fondée sur une langue commune peut-elle devenir un espace économique à part entière ? Juliana Amato Lumumba répond par l'affirmative, en s'appuyant sur son expérience de huit ans à la tête d'une chambre de commerce panafricaine.
On me pose souvent cette question avec un brin de scepticisme : une organisation fondée sur une langue commune peut-elle réellement devenir un espace économique ?
Ma réponse est oui, à condition de cesser de la penser comme un supplément d'âme culturel et de commencer à la penser comme une infrastructure de confiance.
Une langue commune réduit les coûts de négociation. Elle facilite la compréhension des cadres juridiques. Elle accélère les partenariats universitaires qui, à leur tour, nourrissent l'innovation entrepreneuriale. Ce ne sont pas des intuitions : ce sont des mécanismes que d'autres espaces linguistiques ont déjà mis à profit.
L'espace francophone rassemble des économies avancées et des économies émergentes, des places financières internationales et des marchés en croissance rapide, des bassins de compétences numériques et des besoins massifs d'investissement en infrastructures. Cette complémentarité est rarement exploitée à sa juste mesure.
Je propose que l'OIF se dote d'un rôle plus affirmé de facilitateur économique : mise en réseau des chambres de commerce francophones, dont j'ai personnellement dirigé l'une des plus importantes pendant huit ans depuis Le Caire, accompagnement des PME dans leur internationalisation vers d'autres marchés francophones, et plaidoyer commun dans les grandes négociations commerciales internationales.
Je propose également un forum économique francophone annuel, itinérant, qui mette directement en relation investisseurs, incubateurs et jeunes entreprises de l'ensemble de l'espace, plutôt que de laisser cette mise en relation aux seuls réseaux informels.
Ce n'est pas transformer la Francophonie en organisation commerciale. C'est reconnaître que la prospérité de nos populations doit devenir, au même titre que la culture et l'éducation, un objectif assumé de notre coopération.
Une Francophonie économique n'est pas seulement possible. Elle est nécessaire si nous voulons que la jeunesse de notre espace continue de croire que parler français ouvre des portes plutôt que d'en fermer.
L'expérience acquise à la tête de l'Union africaine des Chambres de commerce, d'industrie, d'agriculture et des professions m'a permis d'observer, de l'intérieur, à quel point les réseaux d'affaires panafricains restent aujourd'hui organisés selon des logiques régionales plutôt que linguistiques.
Les entreprises francophones d'Afrique centrale, par exemple, entretiennent souvent davantage de liens commerciaux avec leurs voisins anglophones immédiats qu'avec des partenaires francophones plus éloignés géographiquement, alors même que la proximité linguistique pourrait faciliter considérablement leurs échanges.
Le forum économique francophone annuel que je propose ne serait pas un simple événement de prestige réservé aux grandes entreprises déjà internationalisées. Je souhaite qu'il consacre une part significative de son programme aux petites et moyennes entreprises, avec des sessions de mise en relation directe entre porteurs de projets et investisseurs, sur le modèle de dispositifs qui ont déjà fait leurs preuves dans d'autres régions du monde.
Cette ambition économique rejoint directement la question des infrastructures financières : je souhaite que l'OIF facilite la création de mécanismes de garantie et de financement mixte, permettant de réduire le risque perçu par les investisseurs internationaux souhaitant s'engager dans des marchés francophones émergents. Sans ces outils financiers concrets, les meilleures intentions de coopération économique resteront lettre morte face à la réalité des critères d'investissement internationaux.
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